Lecture rapide, mythe ou réalité ?

MEMO Talks | Neurosciences

23 février 2023

Astuces mémoire | Conseils | Techniques mémorisation

MEMO Talks #6

Lecture rapide, mythe ou réalité ?

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Nous avons résumé l’ensemble de cette conversation ci-dessous.

 


Dans le cadre de nos formations en mémorisation, on nous pose souvent la question de l’efficacité de la lecture rapide : est-ce que ça marche ? Est-ce que vous l’utilisez ?

C’est également un sujet qui est très apprécié par ceux qui proposent des formations/contenus sur la mémoire ou par ceux qui veulent « optimiser » leur cerveau.

Tony Buzan était un grand fan de lecture rapide, de Mind Mapping, de systèmes de mémorisation. Cela fait partie de sa « sainte trinité » du cerveau : tous ses livres parlent soit de lecture rapide, soit de cartes mentales soit de mémorisation.

C’est un sujet dans l’air du temps mais on s’y intéresse depuis les années 90.

Guillaume (pour rappel, triple champion de France de mémoire et formateur en mémorisation) va nous partager tout ce qu’il sait sur ce sujet ! Ayant suivi des formations en lecture rapide avec des experts et ayant pas mal pratiqué, il a pu tester différentes méthodes. Il s’est également beaucoup intéressé à ce que disent les scientifiques.

Définition ​💡

(source Wikipédia)

La lecture rapide est une technique permettant d’accélérer la vitesse de lecture qui consiste principalement à éduquer le regard et à limiter la subvocalisation (la subvocalisation consiste à « articuler » mentalement les mots que vous lisez).
Elle ne vise pas les apprentissages initiaux de la lecture (ce n’est pas pour les jeunes enfants ou les adultes analphabètes). Elle peut être complétée par d’autres techniques, comme la lecture dite « en diagonale ». La lecture rapide s’adresse aux lecteurs qui souhaitent soit améliorer leurs performances, soit remédier à des difficultés (lexique, classification, prises d’indice, identification structurelle, etc.).

Il est intéressant de voir qu’on ne parle pas de compétence mais bien de technique.

On note qu’il y a plusieurs méthodes et que les pratiquants ne sont pas toujours d’accord entre eux sur l’efficacité de telle ou telle méthode.

Guillaume a eu l’opportunité d’être formé à la lecture rapide par le champion du monde qui est français, Mohamed Koussa. Il a beaucoup aimé sa pédagogie, sa méthode, son ouverture d’esprit même s’il n’est pas d’accord avec 100% du contenu.

La lecture rapide à l’épreuve des expériences scientifiques 📚

Si on s’intéresse à ce que disent les chercheurs sur la lecture rapide, on trouve pas mal de critiques !

Il existe une publication très intéressante sur le sujet qui résume tout ce qu’il y a à savoir sur la lecture rapide.

Il s’agit d’un article scientifique (en anglais) d’un peu moins de 60 pages de Keith Rayner qui a essayé de synthétiser environ 40 ans d’études scientifiques et de recherches sur la lecture en général et sur la lecture rapide en particulier.

Rayner était un chercheur en psychologie cognitive très réputé et une référence dans le domaine de la lecture.

L’article (So Much to Read, So Little Time: How Do We Read, and Can Speed Reading Help? « Tant de choses à lire, si peu de temps : comment lisons-nous et pouvons-nous accélérer la lecture ? ») est une vulgarisation de 4 décennies de recherche académique sur le sujet.

C’est assez dense mais si vous cherchez des informations sur le sujet, vous allez forcément tomber sur cet article ou sur l’une des études auxquelles il fait référence.

La vitesse de lecture

Premier problème abordé, ce sont les vitesses de lecture annoncées qui peuvent être très différentes ! Les champions et les lecteurs rapides ne sont pas d’accord entre eux. Est-ce donc possible de lire rapidement ? Et si oui pourquoi n’avons nous pas plus de lecteurs rapides à Harvard, Stanford, l’ENA ou Centrale ?

Le sujet de la vitesse étant sans fin, nous allons juste vous donner les vitesses que les scientifiques considèrent comme souhaitables ou atteignables sans perdre en compréhension :

  • Une vitesse moyenne de lecture est entre 180 et 230 mots/minute pour un adulte dit lecteur classique
  • Un bon lecteur lit déjà à 300-350 mots/minute
  • Un bon lecteur rapide ou un excellent lecteur peut monter jusqu’à 500 ou 600 mots/minute sans perdre trop en compréhension.

Au delà, Guillaume n’y croit pas vraiment, en tout cas cela dépend beaucoup du contenu. Une sextuple championne du monde de lecture rapide disait pouvoir lire 30000 mots/minute !

Il y a plusieurs mythes en lecture rapide. La vitesse en est un mais il y en d’autres.

Comme par exemple, est-ce que lire vite est plus efficace ? Plus on lit vite, mieux on va retenir ? L’argument mis en avant serait que lire vite empêcherait de penser à autre chose et on serait plus « focus ».

On a tous déjà lu un livre très lentement (surtout quand ce n’est pas pour le plaisir). Une fois terminé, par exemple au bout de 3 mois, on ne se rappelle plus du début !

Au final, lire plus vite ne serait pas forcément plus efficace. On s’aperçoit que la plupart des lecteurs rapides dans les études surestiment grandement leur compréhension.

En sciences cognitives, on appelle ça « l’effet Dunning Kruger » (l’effet de surconfiance) 👀 . Il s’agit d’un biais cognitif qui montre que les débutants surestiment grandement leur compétence d’un sujet, alors qu’au contraire ceux qui s’y connaissent de plus en plus, doutent beaucoup plus d’eux-mêmes et de leurs certitudes sur le sujet.

Courbe de Dunning-Kruger

L’empan visuel

(la distance maximale que le regard peut capter lorsqu’il se fixe sur un mot)

→ la technique consiste à augmenter le nombre mot que l’on va faire « rentrer » dans son œil.

Augmenter l’empan visuel est biologiquement impossible en raison de la structure de l’œil et cela a été démontré scientifiquement.

Sans rentrer dans les détails mais en gros la fovéa, la zone de la rétine au fond de l’œil capable de faire le point, est très étroite et il n’est pas possible de lire plus de deux ou trois mots à la fois. C’est pourtant l’un des points essentiels de la plupart des méthodes de lecture rapide.

La lecture en diagonale

→ cette technique permettrait de lire plus vite et d’absorber plus d’informations.

Lire plus vite, pas vraiment mais cela peut être utile pour découvrir un sujet ou survoler un document.

Le constat est qu’on peut accélérer sa vitesse de lecture mais il y aura toujours un coût en compréhension.

Supprimer la subvocalisation pour aller plus vite

→ Pour rappel, la subvocalisation consiste à « articuler » mentalement les mots que vous lisez.

De nombreuses méthodes de lecture rapide (comme la méthode Richaudeau) conseillent de la supprimer.

Et pourtant les études montrent que la subvocalisation est essentielle à la compréhension et qu’elle a un effet facilitateur sur la mémoire.

Il est possible de la supprimer mais aucune expérience n’a pu prouver que cela avait le moindre effet sur la vitesse de lecture. En la supprimant, on perd en compréhension et en mémorisation sur le long terme.

Cependant, les athlètes de la mémoire y arrivent quand ils souhaitent gagner du temps. Par exemple, en utilisant les techniques d’associations (pour mémoriser des chiffres ou une séquence de cartes), les athlètes ne voulant pas passer par leur système phonétique, essaient d’avoir directement l’image en tête.

Cela nous arrive aussi, quand on voit le mot chien, nous n’avons pas besoin d’entendre le mot « chien » pour voir l’image du chien. Cela ne marche uniquement que pour les objets concrets.

Pour résumer un peu toutes les critiques de Guillaume sur le sujet, il cite Woody Allen :

« J’ai pris un cours de lecture rapide et j’ai pu lire « Guerre et paix » en vingt minutes : ça parle de la Russie. »

Au final, comment améliorer sa vitesse de lecture ? Il y a des choses intéressantes et qui marchent !

1 – Les régressions

Ce sont les mouvements et les retours en arrière que nous faisons quand nous lisons (pour vérifier un mot, une phrase, un nom).

C’est vrai qu’il est possible de les réduire voire de les supprimer. Ce n’est pas toujours une bonne idée, car parfois les régressions permettent de mieux comprendre la lecture mais en se forçant à limiter les régressions on peut vraiment lire plus vite car on perd moins de temps à relire.

Par contre, quand la complexité de la lecture augmente, ces régressions sont essentielles.

2 – Les fixations

La fixation c’est le nombre de fois où on va poser notre œil sur une ligne ou un groupe de mots. D’après les études faites, l’œil serait capable de lire 15 à 20 signes par fixation, soit environ 3 ou 4 mots. Il est possible de poser son œil moins souvent sur une ligne et donc moins souvent par page et ainsi…lire plus vite.

3 – Le rythme

C’est très important d’être très régulier et le travail au métronome est super efficace. Le « tic-tac » permet de garder le cap, de ne pas ralentir au moindre détail et de rester concentré (vous trouverez facilement des applications métronomes pour téléphone).

4 – Le repérage et la récupération

Ces stratégies sont très proches de ce qu’on recommande en mémorisation lorsqu’on découvre un cours ou un sujet. On regarde d’abord la structure et les grandes lignes d’un sujet, puis à la fin on s’entraîne à la récupération (cf. MEMO Talks n°2 sur la récupération).

Un des conseils du champion du monde de lecture rapide, Mohamed Koussa : à la fin de la lecture d’un livre, faites une carte mentale, une synthèse de votre bouquin pour vous entraîner à récupérer l’information.

Dès que le contenu est un peu compliqué (ex : des cours de médecine) ou abstrait, on ne peut pas utiliser la lecture rapide sans perte de compréhension.

Nos conseils 🔑

Sébastien n’étant pas du tout un expert en lecture rapide, il voit des similitudes avec le domaine de la mémorisation, à savoir que le repérage, la régression, le rythme/endurance sont importants.

Le conseil de Guillaume : les gens qui lisent beaucoup ont déjà une très bonne vitesse de lecture ! La lecture rapide a un coût, plus on va vite plus on perdra en compréhension de toute manière.

La solution pragmatique est donc de lire beaucoup plus souvent ! Ce qui est important c’est la culture lexicale, à quel point on maîtrise les mots de la langue. Dès que l’on tombe sur un mot inconnu, forcément la compréhension chute et on perd du temps.

Le conseil de Sébastien, surtout si on n’a pas envie de lire un livre (par ex. pour l’école) c’est de se fixer des objectifs. Découper son temps de lecture en étapes.

Conclusion

C’est un domaine intéressant à exploiter puisqu’il y a de plus en plus de lecteurs rapides qui viennent aux compétitions de mémoire ou des athlètes de la mémoire qui s’intéressent à la lecture rapide.

Lire rapidement n’est pas une compétence si importante que ça, ce qui est intéressant, c’est de se pousser à lire plus et mieux.

N’hésitez pas à nous envoyer vos suggestions pour nous aider à choisir d’autres thématiques de discussion !


Quelques références :

Rayner, K. & al., 2016. So Much to Read, So Little Time: How Do We Read, and Can Speed Reading Help?

Clifton, C., Jr & al., 2016. Eye movements in reading and information processing: Keith Rayner’s 40 year legacy. Journal of Memory and Language Volume 86, January 2016, Pages 1-19.

Mohamed Koussa, 2020 : La lecture rapide : savoir se concentrer, gagner en efficacité

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