Techniques de mémorisation pour les enfants

MEMO Talks | Neurosciences

16 juin 2023

Astuces mémoire | Conseils | Techniques mémorisation

MEMO Talks #7

techniques de mémorisation & d’apprentissage pour les enfants

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Nous avons résumé l’ensemble de cette conversation ci-dessous.

 


Nous avons choisi d’aborder ce thème parce que de nombreux parents nous contactent pour leurs enfants. On nous demande souvent à quel âge peut-on commencer à utiliser les techniques de mémorisation et par quoi commencer ? Que puis-je leur transmettre sans les braquer ou les obliger ?

Effectivement, il existe de nombreuses techniques d’apprentissage adaptées aux adultes mais qui ne marchent pas forcément pour un enfant. Ainsi, la 1ère question que l’on peut se poser, c’est l’intérêt des techniques de mémorisation pour les enfants.

Pour Guillaume, qui a 2 enfants de 10 et 12 ans qui connaissent déjà pas mal de techniques, le plus important ce n’est pas qu’ils pratiquent mais qu’ils connaissent l’existence de ces méthodes qui pourraient leur servir le jour où ils auront un problème d’apprentissage. Au début, il faut que cela reste ludique et que ça soit un plaisir.

Sébastien, qui a 2 enfants de 3 et 6 ans et qui travaille beaucoup avec des associations de parents d’élèves et des enseignants (niveau maternelle jusqu’à l’université), reçoit également beaucoup de demandes sur l’âge à partir duquel on peut commencer. D’après lui, les enfants en bas d’âge utilisent déjà certains principes de mémorisation et il rejoint la méthode Montessori qui préconise de laisser l’enfant dans ses principes et de ne pas en imposer certains, propres aux adultes.

 

Définition ​💡

Quelle est la définition de la pédagogie ?

(source Wikipédia)

du grec παιδαγωγία, c’est la « direction ou éducation des enfants » . C’est l’art d’enseigner. Le terme rassemble les méthodes et pratiques d’enseignement requises pour transmettre un savoir (connaissances), un savoir-faire (compétences) et un savoir-être (attitudes). « Faire preuve de pédagogie » signifie l’aptitude à enseigner et à transmettre à un individu ou un groupe d’individus — de tous âges et de toutes conditions — un savoir ou une expérience par l’usage des méthodes les plus adaptées à l’audience concernée. La pédagogie implique l’ensemble des comportements de l’enseignant envers les élèves.

Cela soulève la question importante de savoir ce qui est adapté ou pas à un enfant. Peut-on faire du palais mental avec un enfant ? Guillaume a demandé à son fils quelle était sa méthode de mémorisation préférée et à sa grande surprise, c’est le palais mental !

Les 3 clés sont donc de transmettre :

  1. un savoir = connaître les techniques qui existent
  2. un savoir-faire = les faire pratiquer un petit peu
  3. un savoir-être = les amener à se poser des questions sur comment est-ce qu’ils apprennent, comment fonctionne leur cerveau, comment est-ce qu’ils mémorisent ou comment ils ont envie de mémoriser.

Sébastien fait référence à l’introduction du livre « Apprendre au 21ème siècle » du Dr François Taddei, où (sauf erreur de sa part) Aristote définit 3 types de savoirs :

  1. les connaissances
  2. la technique
  3. l’éthique

Dans nos systèmes éducatifs, le numéro 1 c’est clairement les connaissances suivie de la technique et l’éthique est reléguée au 10ème rang. Cela peut expliquer pourquoi les stratégies de mémorisation (« la technique ») ne sont pas enseignées à l’école car ce n’est pas le genre de connaissances qui sont valorisées.

Ce que dit la Science 📚

De nos jours, est-ce que nos enfants utilisent moins leur mémoire ?

On a tendance à blâmer les écrans. Qu’en est-il ?

Intéressons-nous à une étude de www.santepubliquefrance.fr, menée sur environ 13000 enfants de 2 ans, 3 ans et demi et 5 ans et demi en fonction du type d’écran et des caractéristiques socio-démographiques.

Sans surprise, le temps d’écran augmente avec l’âge. On constate que le temps d’écran quotidien en moyenne en France est de :
– 56 min à 2 ans (sachant que la recommandation c’est : pas d’écran avant 3 ans)
– 1h30 à 3 ans et demi (TV, jeux vidéos , etc.).

Quels sont les effets ? Ils sont totalement négatifs ! Un risque accru de surpoids et d’obésité, des difficultés dans le développement du langage et du développement cognitif.

Jusqu’à 6 ans, les écrans ne sont pas du tout recommandés !

Cette passivité, ce non-entraînement du cerveau sont mauvais car quand on est tout petit et jusqu’à la puberté, le cerveau pratique de l’élagage synaptique (« pruning » en anglais). Il voit ce qu’on utilise ou pas et il commence à couper, à élaguer énormément de neurones. Pour faire simple, ce qui n’est pas utilisé, est supprimé. Devant un écran de TV par exemple, un enfant ne parle pas, n’essaie pas d’expliquer quelque chose et ne fait pas de psychomotricité.

La 1ère recommandation de Guillaume pour la mémorisation est donc attention à l’usage des écrans chez les tout petits ! Si on ne pratique pas une compétence, on ne la développe pas et on peut la perdre (valable aussi bien pour les enfants que pour les adultes).

Non à la passivité mais oui à l’apprentissage passif ! Prenons l’exemple de l’apprentissage d’une langue. Aujourd’hui, il est possible de regarder une série/film en langue originale avec les sous-titres en français ou à l’inverse les dialogues en français et un sous-titrage en anglais.

On parle également de « neurones miroirs », de mimétisme comportemental. Des études récentes ont bien confirmé que des mêmes zones cérébrales s’activent quand on observe quelqu’un faire quelque chose ou lorsqu’un individu exécute une action (ou même lorsqu’il imagine une telle action, d’où le terme miroir, exemple le plus connu : le bâillement ! ).

Si un enfant voit ses parents ou son enseignant utiliser des méthodes de mémorisation, il aura tendance à vouloir en faire autant. C’est aussi valable pour une activité sportive, etc.

Seconde recommandation : si vous vous posez la question de savoir ce que vous pouvez faire pour aider vos enfants/élèves à utiliser des techniques de mémorisation, soyez exemplaires ! Commencez pas pratiquer vous-mêmes 😉

Les problèmes d’apprentissage/les témoignages de nos apprenants 🔒

Pour Sébastien, privilégions l’intensité plutôt que la quantité !

Prenons l’exemple du témoignage d’une mère qui a suivi notre formation « booster sa mémoire » pour les familles avec son fils en 5ème et sa fille en CM2. Le gros problème de son fils est le manque de concentration ! Il devait rédiger une rédaction et pendant 1h30, il n’avait rien fait ! Sa mère a donc mis en pratique la technique du Pomodoro (le révisé en fractionné). Sébastien lui a donc proposé de travailler/rédiger pendant 6 min (apparemment sa durée maximale d’attention !) puis pendant 2 min de courir…autour de la maison ! Il a répété ce cycle 3 fois et au final en 3 x 6 min il avait terminé sa rédaction (et fait travailler son cardio 😂 ).

Ici la méthode a consisté à travailler un objectif très précis en un temps très réduit pour réduire l’ennui et donc susciter une meilleure attention.

Qu’en est-il des enfants TDA (troubles de l’attention) ou dyslexiques, etc. ?

Nous ne sommes pas spécialistes en la matière mais du point de vue de Sébastien, il s’agit de la description du fonctionnement d’un enfant à un instant T. Rien n’est figé dans le marbre, cela peut évoluer dans le temps. Ce qui est intéressant, c’est de prendre conscience de ces fonctionnements et d’adapter la mise en pratique des stratégies (chose très compliquée à faire dans une classe…).

Bien souvent, les enfant n’ont pas de problèmes de mémorisation mais d’attention (essentielle dans la mémorisation).

La vision de Sébastien concernant sa méthode d’apprentissage : il existe 2 piliers pour avoir une bonne méthode de travail :

1 – une bonne connaissance de soi et donc du processus de mémorisation (être attentif, encoder/associer et répéter)

2 – une leçon est constituée de 6 éléments. Cela peut être du vocabulaire, des définitions, des informations chiffrées, des schémas, des formules et des listes.

Tout comme un sportif, en travaillant techniquement chacun de ces composants/éléments, quand on apprend une leçon dans sa globalité, c’est facile de jongler avec tout ça. Si en plus, on a une meilleure connaissance de soi (du fractionné, de sa fréquence de révisions) on créé sa propre méthode robuste qui évolue en fonction de l’âge, etc.

A la question « ne sont-ils pas trop jeunes pour apprendre ? », nous conseillons comme dit plus haut, de leur montrer en pratiquant vous-mêmes, de rendre cela concret, déjà pour pouvoir répondre aux questions du type « comment fais-tu pour associer ? » et de commencer par du contenu qui n’est pas scolaire, ne faire que du ludique.

Sébastien lui s’est inspiré de son amie Isabelle Simonetto (consultante spécialisée en Neurosciences) qui a fait jouer sa fille dès 3 ans au jeu du palais en placant les animaux dans leur cusine ! Sébastien a testé avec son fils aîné Léon quand il avait 3-4 ans et Amandine dès 2 ans, qui a réussi à mémoriser 9 éléments.

Ne sous-estimons pas leur capacité à spatialiser et à se repérer dans l’espace.

Guillaume quant à lui a beaucoup utilisé le fichier du corps en allant faire les courses avec ses enfants par exemple : « qu’est-ce qu’il y a sur ma tête ? De la moutarde. Dans mon nez ? 2 baguettes de pain », etc.

Mon enfant n’a pas envie et ne ressent pas d’intérêt ? A vous de l’aider à trouver de la motivation.

Pour certains il est difficile d’apprendre une poésie, vous pouvez proposer de faire une BD, de travailler sur les séquences en associant des images à chaque strophe. Vous allez avoir une représentation mentale d’un texte écrit et cela va aider l’enfant à retenir l’ordre.

Par exemple, les élèves de 6ème de Saint Jean de Passy à Paris, plus que la technique du palais mental, ont surtout apprécié la création d’histoires.

Faire appel à l’imaginaire reste un élément essentiel pour motiver un enfant.

A l’inverse, les adultes plutôt cartésiens ont tendance à rejeter la méthode car ils trouvent cela trop…loufoque !

Les moyens mnémotechniques qui marchent 🔑

Le fameux « mais où est donc Ornicar ? » , les histoires (👉 comment mémoriser l’ordre des planètes ?), le palais mental, des associations simples ou le moyen technique des flaschcards.

Pour vous donner un exemple d’association simple, Sébastien propose un exemple tiré (p. 20) de son dernier livre sorti en mai 2023 (un peu de promo 😉) : Les champions de la mémoire.

Ici le but est de retenir les noms de dieux/déesses de la mythologie grecque et latine en utilisant la méthode SAC (Sélection-Association-Connexion).

 

Déméter (mythologie grecque) et Cérès (mythologie romaine)

1 / à quoi le nom vous fait-il penser ? Pensez à quelque chose de concret. Ici nous imaginons un dé couvert de terre pour Déméter et un cerf pour Cérès.

2 / créez une histoire pour associer le nom grec et latin. Imaginons un dé couvert de terre qui chevauche un cerf.

Déméter & Cérès

 

Zeus (mythologie grecque) et Jupiter (mythologie romaine)

 

Zeus : imaginons…2 œufs l’un sur l’autre et Jupiter : imaginons une…jupe

 

L’histoire : 2 œufs avec une jupe

 

L’importance du test pour mémoriser

Avec les jeunes enfants, les lancer sur l’imaginaire ne pose pas de problème, ce qui est important de faire, c’est de les tester (cf. MT2 sur l’entraînement par récupération) pour s’assurer qu’ils ont bien réalisé l’association. Ils vont avoir tendance à se disperser.

Avec les adultes à l’inverse, le test ne pose pas de problème, c’est de faire appel à l’imagination qui leur est plus difficile.

Autre conseil : en se testant, on retient. La relecture ne marche pas. Vous pouvez utiliser le test de la feuille blanche où vous notez tout ce dont vous vous rappelez, ou vous dîtes à l’oral ce dont vous vous souvenez.

Pour les élèves en primaire, vous pouvez leur demander en rentrant de l’école « qu’as-tu fait aujourd’hui ? » Et détailler ce qu’ils ont vu pour chaque matière.

Nos conseils 🔑

Sébastien cite le slogan des APEL (Associations de parents d’élèves) : « En tant que parents, nous sommes le premier et l’ultime éducateur des enfants ».

Vous avez de nos jours des applications de Quiz à la fois ludiques et éducatifs, par exemple pour s’entraîner à placer des pays sur des cartes, des drapeaux sur leur pays, les capitales sur leur pays,

La méthode des Alphas (méthode de lecture qui présente notre système d’écriture abstrait et arbitraire sous une forme concrète et ludique, créée à l’aube de l’an 2000 par Claude Huguenin et Olivier Dubois du Nilac) utilisent les techniques des associations.

Nous vous conseillons Multimalin pour apprendre les tables de multiplication. Il existe également des dictionnaires imagés pour l’orthographe.

Conclusion

  • Il n’y a pas d’âge pour commencer (du moins il faut savoir parler/observer)
  • Utilisez les associations + histoires (de manière simplifée/ludique).
  • Privliégiez « l ’effet miroir » en montrant à vos enfants que vous utilisez vous-mêmes les techniques
  • Leur demander ce qu’ils veulent apprendre pour susciter de l’intérêt (ex pour le fils de Guillaume : les pokémons les plus forts avec un palais mental)

Les techniques :

  • Associations simples et les moyens mnémotechniques qu’on connaît déjà (ornicar)
  • Le fichier du corps
  • Un petit palais mental avec leur chambre ou leur salle de classe
  • Les cartes mentales (déjà utilisées à l’école)
  • Les flashcards (pour le vocabulaire/définition)
  • Les jeux de type Memory, Cardline, jeux de rôles, etc.

N’hésitez pas à nous envoyer vos suggestions pour nous aider à choisir d’autres thématiques de discussion !


Ressources :

François TADDEI (2018). Apprendre au 21ème siècle. éditions Calmann-Lévy

étude de Santé Publique France : Temps d’écran de 2 à 5 ans et demi chez les enfants de la cohorte nationale Elfe

Sébastien Martinez (2023) : Les champions de la mémoire aux éditions Premier Parallèle

Jeux de quiz sur cartes de géographie en 40 langues : www.seterra.com

Dès 4 ans : La planète des Alphas – un conte magique pour se préparer à la lecture de Claude Huguenin (Auteur), Christophe Billard (Illustrations), Olivier Dubois du Nilac (Avec la contribution de), 2020

Multimalin : https://multimalin.com

Livre de Marie-Pierre De Partz, Sylviane Valdois et Michel Hulin (2017) : Mon orthographe illustrée

Sandrine Campese (2017) : Un petit dessin vaut mieux qu’une grande leçon – À partir de 7 ans

Inscrivez-vous gratuitement pour télécharger notre guide pratique d’accompagnement aux devoirs 👉 Memory School

Association des Sports de mémoire : https://asmemoire.fr

Chaîne YouTube de Guillaume : https://www.youtube.com/@Neurotor

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