MEMO Talks #3 : ne plus oublier avec les révisions espacées

MEMO Talks | Neurosciences

2 juin 2022

Astuces mémoire | Conseils | Techniques mémorisation


MEMO Talks #3

Ne plus oublier avec les révisions espacées !

Pour voir la vidéo sur YouTube 👉 MEMO Talks #3

Nous avons résumé l’ensemble de cette conversation ci-dessous. 

 


Définitions ​💡

On vous présente dans cet article, une des méthodes de mémorisation la plus efficace pour éviter les trous noirs, ne plus oublier un texte, un discours, une leçon.

Il y a plusieurs termes pour nommer cette méthode, on va parfois parler juste de « répétitions » mais ce qui nous intéresse c’est la répétition espacée. Nous préférons plutôt parler de « récupération espacée » (voir MEMO Talks #2 sur l’entraînement par récupération).

Attention, nous ne parlons surtout pas de « relire » son cours. Cette méthode est connue du grand public mais ce n’est pas forcément la plus simple car il s’agit d’un apprentissage sur le long terme (et nous ne sommes pas forcément patients, nous voulons quelque chose qui marche de suite !). Elle est également utilisée en compétition de mémoire car les athlètes sont obligés de « réviser ».

Pour Sébastien, qui s’appuie sur « la courbe de l’oubli » (voir ci-dessous), l’objectif c’est de repousser l’effet de l’oubli. Comme si on avait un logiciel qui doit garder en mémoire telle information car elle est utile et supprimer ce qui n’est pas utile. Et pour lui dire qu’une information est utile, il faut la revoir et l’utiliser.

C’est donc une stratégie d’apprentissage qui consiste à étaler ses révisions dans le temps. On va parler de l’importance de l’effet d’espacement sur la durée par opposition au bachotage où on va réviser la veille.

Connaissez-vous la maxime qui dit « il faut oublier 7 fois pour maîtriser un sujet ? » (cliquer sur le lien pour voir l’article). Il faut attendre de commencer à oublier pour réviser.

L’idée de répétition est plutôt bien acceptée du grand public, « la pratique rend parfait », « c’est en forgeant qu’on devient forgeron ». Pour comprendre pourquoi cette méthode marche, revenons un peu sur comment la mémoire fonctionne : notre cerveau est optimisé pour ne retenir que les choses qui vont nous êtes utiles au quotidien, les choses auxquelles on va être exposé de manière répétée.

Par exemple, quelqu’un qu’on croise tous les jours, on n’oubliera pas son nom ! A l’inverse, une personne rencontrée il y a 6 mois, on n’a peu de chance de se rappeler son nom.

Scientifiquement, on s’est rendu compte que si on utilise des moyens mnémotechniques, cela diminue les effets de l’oubli donc on a moins besoin de réviser.

Ce que dit la science 📚

L’efficacité de la récupération espacée a été très largement prouvée depuis des années. Dès 1885, Hermann Ebbinghaus (philosophe allemand et père de la psychologie expérimentale de l’apprentissage), s’y était intéressé et avait commencé à mettre en place une étude scientifique.

Sa courbe de l’oubli nous montrait comment l’information au fil du temps est perdue de manière exponentielle (par exemple au bout d’une semaine).

On oublie très vite si on ne fait pas de rappels/répétitions.

la courbe de l'oubli

C’est donc beaucoup plus efficace pour notre mémoire à long terme de répartir nos révisions dans le temps.

Une autre étude : un groupe doit réviser un sujet, 1 x 3h. Un autre groupe va réviser 2 x 1h mais à plusieurs jours d’intervalle et après on va les tester. Systématiquement, le groupe qui a espacé ses révisions en y passant moins de temps, va avoir de meilleurs résultats.

En espaçant ses révisions, on a moins besoin de réviser et donc on gagne du temps !

Pour Sébastien, si on généralise, ces révisions devraient avoir lieu selon la règle des quatre « 1 » : 1h après, 1 jour après, 1 semaine après, 1 mois après, 1 trimestre, etc…

C’est pour cela qu’il préconise de se tester dès la fin d’une session d’apprentissage, c’est le début de sa révision espacée (on parle de test et non pas de relecture).

D’après son expérience, une semaine ça fait un peu long parfois, il vaut mieux réviser au bout de 3 jours puis 1 semaine puis 15 jours. En observant ses élèves, pour ceux qui ont révisé assidument pendant au moins 15 jours et qui par la suite, ont attendu 2 à 4 mois, l’information est revenue très vite !

Quelques conseils pour les apprenants :

  • espacer de plus en plus ses révisions dans le temps. Effectivement, tout dépend du contenu et de plein d’autres paramètres (sommeil, stress, etc.). En études de médecine, on parle souvent de la méthode des J (jour0, jour1, jour3, jour7…)
  • ce que nous préconisons en formation, c’est un minimum de 3 à 5 révisions. Plus l’information est récente, plus il faut la réviser ! Il faut réviser en priorité ce qui est nouveau, plus c’est frais, plus on gagne du temps car l’effort de mémorisation est réduit. Nous préconisons donc 2 à 3 révisions d’un même contenu, la 1ère semaine : le jour même ou le lendemain, ensuite 2-3 jours plus tard et 1 semaine plus tard.

Quelques conseils pour les transmetteurs (formateurs et enseignants) :

Nous avons chacun notre propre courbe de l’oubli et celui qui a besoin de moins de répétitions, c’est celui qui maîtrise le plus car cela fait très longtemps qu’il a appris. On va avoir le sentiment de radoter !

Si vous enseignez un cours depuis des années, vous le connaissez par cœur mais il faut toujours se mettre à la place de l’apprenant. Prenons l’exemple de l’enseignant qui dit à ses élèves « vous vous rappelez, en début d’année on avait vu le cours sur xxx ? » et les élèves sont incapables de se rappeler du cours ou en ont un souvenir très lointain. C’est parce que depuis des mois, il n’y a eu aucune révision de ce cours. Sur ce sujet, Guillaume se dit très fan de la formation continue, du contrôle continu.

Le point de vue/difficultés des apprenants face à cette méthode  🔒

Les apprenants comprennent très bien le concept de révision espacée mais si je vous dis qu’il va falloir réviser tous vos cours, 3 à 5 fois et 3 fois la 1ère semaine, vous risquez de faire la grimace !

Les objections de nos élèves :

Les objections viennent souvent de personne qui n’ont jamais testé la méthode ! Sébastien conseille donc de commencer par un seul cours.

Par exemple, Pierre (voir son interview en vidéo ⇒ « du dernier de la classe à élève avocat »), à sa grande surprise, a restitué 80 % de son cours au bout de 15 jours et idem au bout d’un mois.
Propre expérience de Sébastien, depuis tout petit il a besoin de comprendre pour mémoriser. En testant cette technique de récupération espacée (avec des fiches de synthèse, palais de mémoire), il a eu un déclic : il pouvait mémoriser et après comprendre, et à l’inverse comprendre entraîne la mémorisation.

« on n’a pas le temps », « comment puis-je réviser mes 8h de cours de la journée, ce soir ? »

Qui dit révisions, ne dit pas relecture ou refaire tout le cours ! On est dans du test : soit on fait une synthèse, on se pose des questions pour voir ce qu’on a compris.

« je ne peux pas réviser le cours quand il se termine car j’ai un autre cours qui suit ».

Pour Sébastien, l’idéal est que l’enseignant accorde 2-3 mn pour se tester, faire un quiz.

Le premier à avoir parlé de ça, c’est Antoine de La Garanderie (spécialisé en gestion mentale) qui parle de « minute évocative » à la fin d’un cours. Prendre quelques secondes pour se rappeler quelles sont les 3 idées clés du cours et recommencer le soir (sachant que le soir c’est déjà trop tard !).

Les objections des enseignants :

Je n’ai pas le temps de tester les élèves ou leur faire revoir ce qu’on a vu il y a un mois car j’ai un programme à respecter.

On peut proposer et encourager ses élèves à faire de la répétition espacée, les tester rapidement (sans être notés).
Sébastien fait référence à son échange avec Jean-Luc Brunet, professeur des écoles en primaire, qui a intégré ce rituel de noter tous les jours sur un cahier les 3 questions de la journée. Il reprend la question de la veille, de la semaine d’avant et celle du mois d’avant.

Autre anecdote d’un de nos anciens stagiaires, Xavier, qui avait lancé le défi de mémoriser avec des associations la Déclaration des Droits de l’Homme. Le lendemain il était beaucoup plus fluide dans sa restitution que la veille. Cela souligne l’importance de la reconsolidation passive, qui se passe notamment pendant le sommeil.

Le cerveau dans la nuit va trier ce qui est important ou pas et ce qui a été déjà vu va renforcer le signal.

Les conseils de nos experts 🔑

L’enjeu de la révision espacée, c’est l’organisation et la planification.

Dans les petites classes, l’idéal c’est que ce soit le/la professeur qui propose de la répétition espacée. Mais quand on devient autonome dès le collège, il y a 2 points clés : les outils d’organisation et la programmation des rituels.

Des exemples d’outils :

  • la feuille de route (voir notre module e-learning ⇒protocole et feuille de route) : tableau avec date de la révision et % de restitution, pour voir l’évolution dans le temps et ajuster la fréquence de révision.

 

 

  • les flashcards et les applications numériques de flashcards (ex : ANKI) surtout pour les études en médecine (voir la vidéo de Baptiste ⇒ « 25ème en médecine en créant 11 545 flashcards »).
  • pour l’apprentissage des langues, on a de plus en plus d’outils numériques qui intègrent la répétition espacée comme par exemple Memrise qui les premiers jours va vous demander plusieurs fois comment on dit « chat » en italien par exemple.

L’organisation :

avoir des rituels de révision journaliers. Il faut un temps où on apprend et un temps où on révise.

Autres conseils :

  • faire un rétroplanning (calendrier prévisionnel élaboré en partant de la date à laquelle le travail doit être terminé). Commencez à planifier les examens le plus tôt possible, répartir les heures de révisions sur plusieurs semaines.
  • quand on étudie, utiliser des stratégies efficaces plutôt que de relire ses notes (voir MEMO Talks #2), il faut se tester.
  • après avoir révisé les informations de la dernière leçon, réviser les anciennes leçons importantes. Comme pour les sportifs et les musiciens, il faut réviser régulièrement sinon on perd très vite. Cela demande donc beaucoup d’énergie !
  • les phases de sommeil entre chaque révision sont très importantes
  • organiser des groupes de révisions entre élèves, amis, famille pour se tester

Pour conclure, le rôle de la révision espacée c’est de connaître un contenu à différencier de sa maîtrise (sujet à développer dans une autre MEMO Talks).

A vous de jouer, expérimentez la révision espacée sur un petit contenu !

N’hésitez pas à nous envoyer vos suggestions pour nous aider à choisir d’autres thématiques de discussion !


Ressources :

La source préférée de Guillaume : www.learningscientists.org

Bibliographie :

Carpenter, S. K., Cepeda, N. J., Rohrer, D., Kang, S. H. K., & Pashler, H. (2012). Using spacing to enhance diverse forms of learning: Review of recent research and implications for instruction. Educational Psychology Review, 24(3), 369–378.

Hermann Ebbinghaus : La Mémoire. Recherches de psychologie expérimentale, éd. : L’Harmattan, 2011

Kang, S. H. K. (2016). Spaced repetition promotes efficient and effective learning: Policy implications for instruction. Policy Insights from the Behavioral and Brain Sciences, 3, 12–19.

Rawson, K. A., & Kintsch, W. (2005). Rereading Effects Depend on Time of Test. Journal of Educational Psychology, 97(1), 70–80.

Weinstein, Y., Sumeracki, M., Caviglioli, O. (2018). Understanding How We Learn: A Visual Guide

Sébastien Martinez

Champion de France de mémoire, formateur en mémorisation, auteur et conférencier

Depuis 2014, je participe aux championnats de France et du monde de mémorisation. Je suis devenu le 1er champion de France en 2015 et vice champion du monde avec l’équipe de France en 2018. Aujourd’hui, ma mission est de mettre au service du plus grand nombre toutes ces stratégies pour vous ouvrir un champ des possibles que vous n’oseriez même pas imaginer ! Vous pouvez donc retrouver sur ce site toutes mes formations aux techniques de mémorisation (à distance ou en présentiel), les livres que j’ai écrit et toutes nos références professionnelles.

Sébastien Martinez

Mémoriser pour performer

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