Apprendre facilement du vocabulaire

MEMO Talks | Neurosciences

9 décembre 2022

Astuces mémoire | Conseils | Techniques mémorisation

MEMO Talks #5

Apprendre rapidement et efficacement du vocabulaire

Pour voir la vidéo sur YouTube 👉 MEMO Talks #5

Nous avons résumé l’ensemble de cette conversation ci-dessous.

 


Comment apprendre des langues et plus spécifiquement du vocabulaire ? C’est une question que nous posent régulièrement nos stagiaires qui suivent des études supérieures ou qui souhaitent évoluer dans leur milieu professionnel.

Dans cette MEMO talk, nous allons surtout parler de comment connecter des informations entre elles et comment les connecter rapidement. Ce que nous entendons par informations, cela peut-être un mot/sa traduction, un pays/sa capitale, étymologie en médecine, un événement/sa date, un auteur/son ouvrage.

Maîtriser le vocabulaire d’une langue, c’est réussir à la comprendre et à se faire comprendre même si sa grammaire, son accent ne sont pas parfaits.

Définition ​💡

Que veut dire « vocabulaire » ?
Du latin « vocabulo » qui veut dire « mot » = l’ensemble des mots et des vocables d’une langue mais aussi l’ensemble des termes propres à une science, à une technique, à un groupe, à un milieu ou à un auteur, etc.

Ce que dit la science 📚

5000 mots de vocabulaire représentent 87% de la langue anglaise ! surprised

87 % des mots de la langue anglaise sont utilisés dans le langage courant. Il y a beaucoup d’études sur les langues mais pas énormément sur l’apprentissage des langues.

D’après une étude suédoise sur l’apprentissage d’un langage fictif, selon 2 approches :
– une approche logique, systémique en expliquant les règles de la langue à un groupe
– une approche purement immersive en faisant écouter un contenu à un groupe puis en leur demandant de parler, de le reproduire un peu comme quand on apprend notre langue maternelle.

Conclusion : les 2 méthodes fonctionnent ! Mais avec la méthode immersive, le cerveau des apprenants était beaucoup plus proche dans leur activité du cerveau des natifs. On pourrait en déduire que pour devenir bilingue, l’immersion serait essentielle.

Guillaume valide cette hypothèse car de sa propre expérience, après 10 ans d’enseignement de l’allemand à l’école où il ne parlait pas du tout allemand, il a progressé uniquement après avoir vécu 4 ans en Allemagne.

Une autre étude canadienne a montré la corrélation entre l’apprentissage d’une seconde langue et une apparition plus tardive des signes de maladie neurodégénérative (comme Alzheimer).

Pratiquer une ou des langues étrangères serait une excellente activité mentale protectrice pour notre cerveau.

On dit souvent qu’il est plus facile d’apprendre une langue étrangère quand on est enfant que lorsqu’on est adulte. Effectivement, avec l’âge, notre cerveau perd en plasticité cérébrale mais on peut devenir bilingue à n’importe quel âge ! De plus, il est possible de nos jours de pratiquer une langue en immersion sans avoir à se déplacer.

Connaissez-vous la méthode de Ioannis Ikonomou, le traducteur en chef du Parlement européen qui parle 32 langues vivantes couramment et qui en connaît 47 dont la plupart sont mortes ?! Sa méthode : parler en ligne avec des natifs pour maintenir ses compétences linguistiques.

Le point de vue/difficultés des apprenants 🔒

Prenons le cas personnel de Sébastien qui, avant de se lancer dans la mémorisation, avait eu besoin de remonter sa note pour l’examen du TOEIC. N’ayant pas du tout envie d’apprendre du vocabulaire, il y est arrivé plus facilement grâce aux stratégies de mémorisation (en savoir plus sur le parcours de Sébastien).

Les 3 clés pour mémoriser du vocabulaire :

  1. être attentif et motivé (la motivation peut-être l’échéance d’un examen, un enjeu)
  2. faire des liens, des associations logiques ou loufoques pour encoder
  3. s’entraîner pour consolider

Souvent la majorité des gens n’utilise que la méthode de la répétition. lls ne font que s’entraîner, ce qui n’est pas le plus efficace et c’est surtout très long.

Nous conseillons à nos élèves (de la formation Terminale Santé) qui dès la 1ère année de médecine ont bien 1 millier de nouveaux mots à apprendre, issus du latin ou du grec, des mots scientifiques, d’utiliser cette méthode des associations. Nous leur apprenons à mémoriser de l’étymologie principalement. Prenons l’exemple de « alb » qui veut dire « blanc » et que l’on retrouve dans albumine, c’est plus facile de retrouver la définition quand on le lie à « blanc ».

Dans le cas de la personne qui a un test à passer, qui va être testée sur telle liste de vocabulaire, cela va être plus simple si elle a créé des associations.

Autre question récurrente de la part de nos stagiaires, c’est la mémorisation des verbes irréguliers en anglais ! La difficulté étant qu’il ne s’agit pas d’un mot avec sa traduction mais de différentes formes, il s’agit juste de rajouter 1 ou 2 images de plus, des associations en plus. Autre exemple, celui de la mémorisation des définitions. Elles sont nombreuses notamment en études de Droit (règles de Droit) mais à l’aide de quelques associations, on y arrive très bien.

Le principe n’est pas de tout mémoriser mais d’avoir quelques indices qu’on lie avec une histoire et à force de répétition, une grande partie de la définition revient et s’il manque des détails, on rajoute à nouveau des associations.

La stratégie n’est pas de tout mémoriser mais d’avoir des indices de récupération. On encode 1 ou 2 mots clés voire même une partie d’un mot et on fait confiance à notre cerveau, qui avec le contexte et la répétition espacée, sera capable de se rappeler la définition en détails.

L’erreur est inévitable et importante pour Sébastien, quand ses élèves font des tests de mémorisation (ex : apprentissage de 10-20 ou 50 mots en 10-20mn). Lors du test final, s’ils ont 100 % de restitution, c’est qu’ils ne sont pas allés…assez vite ! Au début, trouver une association peut prendre entre 1 à 3mn mais à terme ça peut aller très très vite. Il vaut mieux avoir restitué 90 % de sa liste et pour les associations que l’on ne trouve pas, on passe à autre chose ! C’est vraiment le volume qui nous intéresse.

Autre problématique, l’apprentissage de la phonétique, de sons qui sont inexistants en français. En anglais, il y a 13 sons qui n’existent pas en français (le fameux « the »). C’est également le cas dans d’autres langues, il y a aussi la notion d’orthographe. Comment mémoriser des hiéroglyphes, du japonais ? Et bien oui tout cela peut être encodé avec des associations !

Au final, la problématique principale est surtout la mémorisation de paires d’information : apprendre des références (de médicaments, de dossiers, de codes produits, d’articles du Code Pénal) et des nomenclatures, une personne et sa fonction (ex : Robert à la comptabilité), des noms et des prénoms, etc.

Nos conseils pour apprendre du vocabulaire 🔑

La famille de Sébastien accueillant actuellement des ukrainiens, il a essayé d’apprendre quelques mots.

« Au revoir » se dit « do pobachennya »

Pour écouter la prononciation ⇒ до побачення

L’histoire imaginée par Sébastien :

« 2 pas de poux qui se rendent en Chine » ou « 2 pas de poux qui se trouvent devant Shiva » (la divinité).

Guillaume lui entend tout simplement :

« 2 poupées chinoises »

Ainsi, on peut facilement imaginer 2 poux ou 2 poupées qui font le signe pour dire au revoir. On voit bien qu’ici, nous n’avons pas mémorisé chaque syllable mais des images, des indices qui vont permettrent de retrouver à peu près ce qui nous intéresse.

Autre exemple facile en ukrainien :

un « chat » se dit « kit ». Sébastien a pensé à…des KitKat

Ce que les apprenants reprochent à cette méthode, c’est que cela semble long de devoir trouver une association pour chaque mot. Mais si on n’utilise pas les associations, c’est juste du par cœur et on sait que ça ne marche pas sur la durée, que c’est ennuyeux et le jour où on a un trou, on est coincé ! Alors qu’avec au moins 1 indice de récupération, on peut retrouver le chemin de l’histoire.

La stratégie est de combiner les associations et la répétition. La répétition est possible en immersion ou à l’aide de flashcards.

ETAPE 1 – FAIRE DES ASSOCIATIONS

En utilisant ce que Sébastien appelle la méthode du SAC (Sélection-Association-Connexion). Contrairement à la méthode des lieux (palais mental), il n’y a pas besoin de les mettre dans un endroit spécifique.

D’autres exemples d’associations :

En turc :

« bonjour» = « merhaba »  ⇒ « la mer est là-bas »

« vin » = « şarap » ⇒ « 2 chats qui rappent et boivent du vin ».

La capitale du Burundi (un bureau arrondi) est Gitega (des KitKat) = j’imagine un bureau arrondi rempli de KitKat ou un bureau arrondi fait avec des KitKat.

Nos stagiaires nous disent souvent « mais je n’ai pas cette créativité ! »

Rassurez-vous, même Sébastien notre champion de la mémoire, à l’époque où il était élève ingénieur, ne savait pas utiliser son imagination pour faire des associations, mais ça s’apprend ! Son conseil est donc de commencer par en faire avec ses amis, ses enfants (dont l’imagination est très développée) et puis d’en faire un peu tous les jours. Ce qui ne vient pas de suite, on retente le lendemain parfois cela peut prendre quelques jours.

Les conseils pour trouver des associations surtout avec des mots étrangers :

  • est-ce que phonétiquement cela me fait penser à quelque chose ? Ex : Brazzaville = « un brasier dans la ville »
  • la technique du saucisson…où on découpe le mot et on trouve une association avec le début ou la fin du mot. Ex : Banjul (la capitale de la Gambie) je pense à un banc et au rappeur Jul et j’imagine « Jul sur un banc ».
  • Google (ou autre moteur de recherche) pour l’autocomplétion (fonctionnalité qui propose des mots à l’utilisateur à partir des premiers caractères saisis). En saisissant les 1ères lettres du mot, à partir des propositions, on peut aussi consulter les images. Parfois, il va suggérer des associations très pertinentes.
  • trouver des associations concrètes (visuelles ou multisensorielles). Si « Mali » vous fait penser à « malin », c’est trop abstrait il vaut mieux penser à une « malle ». Ou alors si on utilise une notion abstraite, il faut l’associer à un objet, une personne qui représente ce concept de manière concrète (quel objet, quelle personne vous fait penser à « malin » ?). Lire l’article ⇒ les exemples concrets

ETAPE 2 – PASSONS À LA PHASE D’ENTRAÎNEMENT !

L’outil le plus utile sont les flashcards. Le principe est d’avoir d’un côté de la carte, le mot et de l’autre, sa traduction. On peut également avoir des cartes mémoire virtuelles grâce aux applications comme Anki, Drop, Quizlet. Toutes ces applications dédiées à l’apprentissage des langues incluent la répétition espacée.

Il y a 2 grandes catégories de flashcards :

  1. les applications généralistes où on peut créer du contenu sans base de données spécifiques, c’est plutôt collaboratif (Quizlet et Anki). Voir notre jeu de cartes ou celles de Pamplemousse (pour les étudiants en Droit).
  2. les applications dédiées aux langues qui ont leur propre base de données, ils créent du vocabulaire (Memrise, Duolinguo)

Ue méthode très efficace, c’est la consommation passive ou l’apprentissage passif.
La consommation passive de contenus linguistiques, c’est par exemple de regarder des films/séries (en V.O sous-titrés – ou en français avec les sous-titres en langue étrangère) , écouter la radio, des chansons en langues étrangères.

Selon Anthony Metivier, mnémoniste assez connu et très bon en langues, les 5 choses (« big five ») les plus importantes pour apprendre une langue :

  1. la mémoire (travailler les associations, utiliser les flashcards)
  2. écouter (quelqu’un, la radio qui parle la langue)
  3. lire quelque chose dans la langue
  4. parler (avec quelqu’un ou…seul sous la douche !)
  5. écrire

Si on pratique cela tous les jours, c’est très bien !

Dernier conseil pour conclure, l’immersion c’est parfait pour l’apprentissage de la langue orale et quand on souhaite apprendre du vocabulaire en langue étrangère, il vaut mieux commencer par apprendre les noms communs, les verbes et les mots de fonction (on laisse de côté les adjectifs et les adverbes).

N’hésitez pas à nous envoyer vos suggestions pour nous aider à choisir d’autres thématiques de discussion !


Ressources :

www.learningscientists.org

Language learning makes the brain grow, Swedish study suggests

Age and ultimate attainment in the pronunciation of a foreign language

Sébastien Martinez

Champion de France de mémoire, formateur en mémorisation, auteur et conférencier

Depuis 2014, je participe aux championnats de France et du monde de mémorisation. Je suis devenu le 1er champion de France en 2015 et vice champion du monde avec l’équipe de France en 2018. Aujourd’hui, ma mission est de mettre au service du plus grand nombre toutes ces stratégies pour vous ouvrir un champ des possibles que vous n’oseriez même pas imaginer ! Vous pouvez donc retrouver sur ce site toutes mes formations aux techniques de mémorisation (à distance ou en présentiel), les livres que j’ai écrit et toutes nos références professionnelles.

Sébastien Martinez

Mémoriser pour performer

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